Sept bonnes raisons de mentir à son équipe

Lu dans l’Express – Fusion en cours, plan social en vue, oubli… Chut! Certes, en théorie, vous ne devez pas tromper l’équipe. Dans la pratique pourtant, les enjeux justifient de petits arrangements avec la réalité. Décryptage de Jean-Louis Muller, expert auprès de Cegos.

« Toute vérité n’est pas bonne à dire. » Cet adage se vérifie aussi au bureau. Certes, un chef se doit de ne pas mentir, mais il est des mensonges acceptables, à condition de ne pas trafiquer les faits, ni de manipuler. Il ne s’agit donc pas de planquer sa lâcheté derrière des boniments – cela se sentira -, mais d’éviter d’aller au bout de la vérité en vue de ne pas trahir de secrets ou d’écarter de néfastes conséquences.

A chacun de choisir ses omissions ou enjolivements et de les assumer. Illustrations.

1. Cadenasser des informations stratégiques

Projet de cession ou de rachat, plan social probable, déménagementà l’étude… A votre poste, vous n’avez pas le choix : vous devez taire la teneur de ces discussions qui risque d’affecter le cours en bourse de l’entreprise, ou de se muer en « délit d’entrave au regard du CE qui doit avoir la primauté de ce type d’information.

Ne dites pas: « C’est faux ! ne vous inquiétez-pas. »

Dites en rusant: « Oh, je sais que le bruit court. Dans le monde actuel, aucune des sociétés n’est à l’abri. »

2. Se garder d’envenimer une situation

Luc vient débiner Sophie dans votre bureau et celle-ci en fait autant sur lui. Le conflit couve, par jalousie, rivalité épidermique. Pas question de rajouter de l’huile sur le feu en exposant les récriminations. En outre, ce n’est pas à vous, manager, de mettre sur la place publique ce que chacun vous a confié en tête à tête.

Ne dites pas à l’un puis à l’autre: « Alors, Luc m’a raconté que… « , « Sophie m’a affirmé que… »

Dites devant eux, en décidant de botter en touche: « Sur le projet Z, j’ai besoin d’une coopération entre vous deux, c’est impossible, je cherche donc d’autres contributeurs. »

3. Eviter de démotiver et stimuler les efforts

Il s’agit là d’enrober la réalité, soit en la rosissant, pour tuer tout découragement dans l’oeuf, soit en la noircissant un peu, pour stimuler les efforts, de l’équipe et/ou de l’individu.

Ne dites pas: « Nos sommes au bord du gouffre. »

Dites: « On voit le bout du tunnel, je vous demande encore un coup de collier. »

4. Masquer un oubli fâcheux

Vous aviez-promis d’évoquer la promotion de Jean, ou l’augmentation de Zoé avec la DRH. Et pris par le quotidien, vous avez omis de vous exécuter. Avouer ce manque serait humiliant pour vos collaborateurs qui croiront qu’ils sont le cadet de vos soucis. Dès lors, un petit mensonge agira comme un calmant.

Ne dites pas: « Oh, j’en ai déjà longuement parlé en haut lieu, on doit se revoir. »

Dites en restant vague: « C’est en cours. » Et foncez illico à la DRH. Ou utilisez un petit bobard: « J’ai fait le choix de mettre le sujet de côté, face aux problèmes qualité de ce mois. »

5. Ménager la susceptibilité d’autrui

Il demande à prendre du galon, mais vous estimez qu’il n’est pour l’instant pas à la hauteur. Même si ça vous démange, ne lui sortez pas ses quatre vérités. Vous le froisseriez, le blesseriez au point de vous en faire un ennemi. Sans avoir à manier la mauvaise foi pour exprimer un refus de promotion – « ce n’est pas moi qui décide » – vous pouvez prendre des gants.

Ne dites pas : « Tu n’es pas du tout à la hauteur de la tâche. »

Dites en restant factuel: « Tes résultats sont faibles, cependant tu as j’en suis sûr, des marges de progression. »

6. Lâcher prise sur le non-important

Votre collaborateur est un ancien dans les murs; à 60 ou 62 ans, il est proche de la retraite. Certes, il perd du temps avec les nouveaux outils, commet des erreurs à répétition. Mais le jeu de la vérité en vaut-il la chandelle ? Inutile de lui expliquer qu’il est souvent à côté de la plaque, vous créeriez de la rancoeur alors que contrairement à l’exemple précédent (point 5), il n’est plus dans une logique ascension professionnelle. Mettez plutôt de l’énergie là où l’enjeu est fort pour la dynamique de votre entité : mission capitale, etc.

Ne dites pas: « Ton travail ne va pas. Je ne suis pas satisfait, il faut te reprendre »

Dites avec bienveillance: « Tu t’es planté sur ce point. Bon, c’est rattrapable, on va t’aider. Tu fais du bon boulot! »

7. Préserver son jardin secret

Vous n’avez pas l’air en bonne forme, et pour cause : vous allez divorcer, vous avez des dettes… Bref, tout cela relève du domaine privé. Toutefois l’équipe voit bien que vous êtes préoccupé, fatigué. Face aux questions, verrouillez la réponse, ça ne regarde que vous. Itou si vous avez posé votre démission et que rien n’est signé. Dévoiler ce choix, démobiliserait vos troupes.

Ne dites pas: « Je suis tracassé parce que… » (cas n°1) ou encore, « oui, je démissionne » (cas n°2).

Dites en coupant court. Cas n°1 : »Tout va bien ! ». Cas n°2 : « Vous avez envie de me voir partir ? » ou « je n’ai pas d’intention particulière là-dessus. »

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